Mégalomanie bancaire


Toujours plus grand! C’est le mot d’ordre suivi par l’industrie bancaire depuis le milieu des années 1990. L’appât du gain y est évidemment pour beaucoup: en augmentant leur taille, les banques réduisent la concurrence et, par voie de conséquence, démultiplient leurs bénéfices. Mais, l’accroissement constant de leur taille a également un prix: l’accumulation des risques. Or, lorsque ceux-ci se matérialisent, l’Etat n’a souvent plus d’autre choix que de sauver des institutions devenues « trop grandes pour faire faillite ».

Folie des grandeurs

A coups de fusions et d’acquisitions, nombre de banques se sont progressivement constituées en géants bancaires européens. A tel point que la taille de leur actif* dépasse souvent le PIB* de leur pays d’origine. A titre d’exemple, le total de l’actif* des banques Fortis et Dexia correspondait en 2007 respectivement à 260% et 180% du PIB* de la Belgique.

Une telle concentration du secteur bancaire européen favorise l’émergence de banques dites “systémiques”*, c’est-à-dire: dont la faillite éventuelle aurait de lourdes conséquences sur le système économique dans son ensemble et ce, en raison de leur grande taille et de leur interdépendance. D’après le Conseil de stabilité financière (CFS)*, près de douze banques européennes entreraient dans cette catégorie 1.

Grandeur et décadence

L’existence de banques systémiques* engendre trois effets pervers principaux. Premièrement, celles-ci s’autorisent à prendre des risques financiers inconsidérés, dans la mesure où leur statut de banque «trop grande pour faire faillite » leur permet de forcer les Etats à leur venir en aide lorsqu’elles se retrouvent en difficulté financière. Autrement dit, en partant du principe que le contribuable payera in fine les dégâts qu’elles créent, les banques systémiques* prennent plus de risques, faisant jouer ce qu’on appelle en économie «l’aléa moral »*. Les faits sont d’ailleurs là pour le démontrer: les 145 banques dont l’actif* total était supérieur à 100 milliards de dollars en 2008 ont accaparé plus de 90% des aides publiques octroyées par les gouvernements suite à l’émergence de crise 2.

Deuxième effet pervers: l’expérience démontre que, plus la taille d’une banque augmente, plus l’utilité sociale et économique de ses activités diminue .

Enfin, l’existence de banques systémiques* tend également à fausser les règles de concurrence les plus élémentaires. Etant assurées d’être sauvées par leur Etat en cas de faillite, ces dernières se voient en effet attribuer un risque de défaut moins élevé de la part des agences de notation* et, par conséquent, se financent à moindre coût sur les marchés financiers . Par ce biais, elles disposent d’un avantage compétitif non négligeable par rapport aux banques de petite et moyenne taille qui – dépourvues du statut de banque « trop grande pour faire faillite » – doivent, quant à elles, emprunter à des taux plus élevés.

 

Chiffres clés

Total des actifs bancaires domestiques exprimés en pourcentage du PIB (chiffres – 2010)

Source: J. Carmassi and S. Micossi, Centre for European Policy Studies (2012) 3

Déchiffrage

Le graphique présenté ci-dessus expose la proportion du total des actifs* bancaires domestiques de plusieurs pays par rapport à leur PIB* respectif. Nous pouvons observer que tous les Etats européens figurant sur le graphique ont un secteur bancaire qui dépasse largement leur PIB*: Belgique (167%), Allemagne (304%), France (320%), Grande-Bretagne (418%), etc.

Autrement dit, la taille de leur industrie bancaire est largement disproportionnée par rapport au reste de leur économie. L’existence de géants bancaires explique la taille démesurée de ce secteur. Par exemple, le total de l’actif* de BNP Paribas et de Société Générale représentait en 2010 respectivement 103% et 58,5% du PIB* de la France.

Notons par ailleurs qu’une large part de ces actifs* bancaires (près de la moitié dans certains cas) est financée par de la dette à court terme

 

1 Les astérisques * renvoient au glossaire, donnant une explication ou définition des mots.
Les 12 banques identifiées par le CSF comme des institutions financières d’importance systémique sont: BNP Paribas, Deutsche Bank, HSBC, Barclays, Royal Bak of Scotland, ING Bank, Santander, Lloyds Banking Group, Société Générale, Commerzbank, Unicredit Group, et Nordea.

2 Haldane, Andrew G, 30 March 2010,”The 100 billion dollars question”, http://www.bis.org/review/r100406d.pdf

3 CARMASSI, J., MICOSSI, S., 2012, “Time to Set Banking Regulation Right’”, Centre for European Policy Studies, http://www.ceps.be/

 

source : Philippe Lamberts, député européen Ecolo

 

 

articles liés :

Ajouter un commentaire

Partager cet article


Annuaire
bonial – promos et catalogue en ligne – un petit geste pour la planète